nouvelle

La poule qui parle

2025
Humour
2 min.

Nouvelle écrite dans le cadre d'un appel à texte de Short Édition.

Un fermier tient une poule, sa femme est en colère

— Est-ce que vous connaissez l’histoire de la poule qui parle ?
Tous les cousins étaient assis en cercle autour d’un feu de camp qui crépitait et diffusait une chaleur agréable dans la fraîcheur du soleil couchant. C’était Louis, 11 ans, le plus âgé du groupe qui avait parlé.
— C’est une histoire qui fait peur ? demanda Maud, 7 ans.
— Mais non…
Il se pencha doucement vers le centre du cercle. Tous les cousins l’imitèrent et il commença son récit.

L’histoire se passe à la ferme du père Martin. Un midi, Marie – sa femme – le vit revenir du marché avec une poule sous le bras. Marie n’était pas très contente parce qu’elle lui avait donné une longue liste de course, et qu’il n’avait rien ramené d’autre que cette poule. Qui n’était même pas sur la liste, parce qu’ils en avaient déjà douze, toutes bonnes pondeuses et certaines bien dodues.
Marie l’attendit sur le pas de la porte, les mains sur les hanches. Martin n’était pas la fourche la plus affutée de la grange, mais il connaissait bien sa femme et comprit qu’il avait des ennuis.
— Je sais ce que tu vas me dire…
— Essaie toujours.
— Ce n’est pas ce que tu m’as demandé d’acheter, et c’est vrai que cette poule m’a coûté un peu cher. Mais elle est spéciale.
— Comment ça, spéciale ?
— Elle parle.
Marie ferma les yeux et se pinça l’arête du nez. Longuement. À tel point que Martin s’inquiéta pour elle. Enfin, elle reprit.
— Qui t’a vendu cette poule ?
— Le père Puicasse.
— Encore cet arnaqueur ?!
— Cette fois ça n’a rien à voir !
— Bon très bien, j’écoute. Si elle parle, qu’elle se défende. Pourquoi je ne devrais pas la passer à la broche là, tout de suite ?
— Elle ne parle que si elle est tout à fait à l’aise. Et vu ton attitude, c’est sûr, elle ne dira rien.
Marie regarda dans les yeux vides de la poule et décida qu’elle avait déjà consacré trop de temps à cette histoire.
— Très bien, je lui donne deux semaines.

Les jours passèrent sans un mot de la poule (et sans un mot de Marie qui avait prévenu Martin qu’elle lui reparlerait quand la poule commencerait). Pendant ce temps, la cocotte mangeait plus de grain que les autres, ne pondait jamais et monopolisait la place la plus confortable du poulailler.
Enfin, un jour, Martin entra dans la cuisine en tenant la poule à bout de bras.
— Je crois que ça y est.
Il la posa sur la table. La poule sembla prendre une inspiration et entrouvrit le bec. Martin était fébrile. Même Marie, qui feignait l’indifférence tendit l’oreille. Et alors, elle dit…

— AU LIT LES ENFANTS !
Tous les cousins sursautèrent. Ils n’avaient pas entendu Antoine, grand ado de 16 ans, s’approcher. Même Louis, qui était prévenu, avait bondit avec les autres.
Ils éteignirent le feu et retournèrent tous vers la grande maison, Antoine et Louis devant, hilares, se rejouant la scène. Les autres suivaient en ronchonnant.
— Pfff, c’est nul. On ne saura jamais ce qu’elle avait à dire cette poule.
— En tout cas, j’ai pas eu peur, dit Maud fièrement. Sauf à la fin, avec la grosse tête d’Antoine.